Altay Manço, Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations Sylvie Petit et Michel Born, Université de Liège

Pour pallier aux problèmes de communication, de compréhension et de relations attribués aux différences de langues et de culture avec le public, il arrive que les intervenants socio-sanitaires fassent appel à des patients polyglottes pour qu’ils jouent le rôle d’interprète durant les entretiens. Il est parfois demandé aux familles d’amener à la consultation une connaissance qui pratique sa langue ainsi que le français. Ce type de procédures présente cependant des problèmes liés à la confidentialité des examens médicaux ainsi qu’à la validité des interprétations.

Il sera également question de la difficulté liée à l’implication des enfants, fréquemment amenés à jouer le rôle d’interprète pour le reste de leur famille. On donne dans ce cas à l’enfant un rôle qui l’amène à « devenir adulte avant l’âge ».

Par ailleurs, il est important de vérifier que les familles parlant un peu le français ont bien compris le message qui leur était transmis.

Enfin, il a été observé que les ressources en matière d’interprétariat restent toujours insuffisantes malgré le développement récent d’un certain nombre d’initiatives dans différentes villes. Une possibilité évoquée est de tenir à jour des listes d’intervenants en différentes matières parlant diverses langues (ex. : intervenants polyglottes en matière de santé), et d’y orienter les patients, même si cette possibilité pose certains questionnements déontologiques.

L’ensemble des actions qui visent à améliorer la prise en charge du public primo-arrivant est perçu par les intervenants socio-sanitaires comme faisant partie d’une philosophie d’assistance. Cette manière de percevoir le travail socio-médical et l’aide sociale n’est pas toujours adaptée quand il s’agit de prendre en charge un public fraîchement immigré, dont la solidarité est généralement tournée vers le pays d’origine : malgré leurs faibles moyens de subsistance, ce sont plutôt des « donneurs ». Les véritables personnes qui sont assistées sont donc celles qui vivent au pays d’origine.

Ce phénomène pourrait être perçu par l’opinion publique et les travailleurs sociaux comme un « détournement de fonds ». Par contre, les candidats au droit de séjour considèrent que c’est leur devoir que de venir chercher des moyens en Occident pour les injecter dans l’économie familiale de leur pays d’origine.

Il existe donc un problème de lecture culturelle et politique de l’aide sociale, ce qui crée une incompréhension entre les consommateurs et les producteurs de services socio-sanitaires. Dans ce contexte, les intervenants socio-sanitaires sont de plus en plus incertains du sens même qu’il faut attribuer à leur travail.

De manière opératoire, toutes ces constatations nous montrent combien il est urgent de concevoir des groupes de parole entre professionnels, des groupes de parole pour les demandeurs de droit de séjour et enfin, des groupes de parole réunissant les deux parties, afin de confronter les conceptions et les valeurs de l’aide sociale dans le monde occidental en lien au sens même du projet migratoire des candidats au droit de séjour.

Beaucoup de familles primo-arrivantes vivent dans un contexte de logement extrêmement précaire. Pourtant, d’après les experts de la Ville de Liège consultés lors de la recherche Uni-Sol, de nombreux logements de cette commune sont vides et non entretenus depuis des années.

C’est pourquoi la municipalité a lancé des démarches dans le sens de l’exploitation des logements inutilisés. La Ville tente d’établir un contrat avec le propriétaire qui n’a pas les moyens financiers d’effectuer les travaux nécessaires. Le propriétaire laisse alors son immeuble à charge de la ville pour un minimum de neuf ans. Les fonds généraux des logements s’engagent, quant à eux, à le remettre en état et à verser un loyer minimum au propriétaire durant tout le terme du contrat. Ils pourront durant ce temps louer le logement à des personnes vivant dans des conditions de vie précaires.

Ces initiatives sont intéressantes, cependant, elles demandent des fonds assez importants et sont donc limitées dans leur nombre.

2.5. La question de la scolarité des enfants de familles réfugiées et les outils disponibles favorisant leur accueil

Une des réponses données au défi de scolariser des enfants primo-arrivants dont la majeure partie sont non ou insuffisamment francophones est la mise en œuvre de classes dites « passerelles[10] ». Toutefois, leur extrême rareté ne couvre pas les besoins rencontrés. Par ailleurs, leur pérennité n’est nullement assurée.

Un autre dispositif est la possibilité d’offrir aux enfants suivant une scolarité ordinaire un cours spécifique d’adaptation à la langue d’enseignement (ALE).

Il semble important de développer des réponses plus fréquentes en termes quantitatifs pour couvrir l’ensemble des besoins. Il s’agit également d’imaginer des solutions de scolarisation variées afin d’épouser le contour des besoins de ces élèves très diversifiés de façon à les amener le plus rapidement possible à accrocher à un enseignement ordinaire.

Les investigations menées afin d’identifier les problématiques majeures et les solutions qui se dégagent en matière d’accueil socio-sanitaire et socio-scolaire des familles et enfants primo-migrants permettent de noter l’existence de dispositifs utiles rencontrant la majeure partie des difficultés listées. Toutefois, les travailleurs de terrain déclarent que ces solutions ne répondent pas à l’ensemble des problèmes auxquels ils sont confrontés.

Il s’avèrerait intéressant notamment de mettre en place un service d’interprétariat permettant à la fois des traductions à proprement parler, mais aussi des interventions de médiation interculturelle lorsque cela s’avère nécessaire.

Un grand intérêt est également porté au fait de trouver des pistes afin d’informer au mieux les personnes étrangères sur le fonctionnement du système socio-sanitaire belge. L’utilité de la création de lieux de paroles et d’expression pour les personnes étrangères est également soulignée.

Un autre des besoins identifiés par les intervenants du secteur vise le soutien à apporter aux professionnels eux-mêmes face aux difficultés soulevées par la présence des familles issues de l’immigration dont ils ont la charge.

Pour offrir des soins de qualité, les services de santé doivent, bien entendu, s’adapter à la diversité de leur public. La conception globale de la santé à adopter doit être abordée sous un angle social comprenant le bien-être général des patients et surtout leur point de vue sur la définition de ce bien-être.

Une rigoureuse simplification administrative est urgente à opérer afin de rendre plus rapides les réponses aux demandes d’asile de façon à éviter aux familles un long temps d’attente destructeur.

En ce qui concerne les publics actuellement réfugiés ou en demande de droit de séjour, il est urgent d’offrir l’accès au travail par un permis de travail temporaire. L’accès à un emploi est un des champs sociaux par lequel ces publics peuvent véritablement se valoriser et montrer leur utilité par rapport à la société européenne.

Enfin, les associations créées par les immigrants et les associations interculturelles sont des alliées importantes des services publics dans la tâche de la valorisation et de l’illustration des diversités socio-culturelles.



[10] Celle-ci sont décrites dans le décret du 14 juin 2001 de la Communauté française de Belgique comme des « structures d’enseignement visant à assurer l’accueil, l’orientation et l’insertion optimale de l’élève primo-arrivant, dans l’enseignement fondamental ou secondaire ».