Anne-Françoise Dusart, Joëlle Mottint, Perrine Humblet, Unité Politiques et Services à l’Enfance - Ecole de Santé Publique, Université Libre de Bruxelles

Plusieurs dispositifs particuliers concernent l’accueil d’enfants primo-arrivants dans les écoles fondamentales et secondaires de la Communauté française.

L’organisation de classes passerelles: «structure d’enseignement visant à assurer l’accueil, l’orientation et l’insertion optimale de l’élève primo-arrivant, dans l’enseignement fondamental ou secondaire».

L’adaptation des normes d’encadrement pour des élèves arrivés en Belgique depuis moins de trois ans. Les établissements scolaires bénéficient de normes d’encadrement spéciales pour les enfants qui ne bénéficient pas du dispositif classe passerelle.

L’organisation d’un cours d’adaptation à la langue de l’enseignement (ALE). Des périodes supplémentaires sont accordées par la Communauté française aux écoles qui accueillent des enfants répondant à certaines conditions, au pro rata de leur nombre.

1.1.2. La mise en œuvre pratique : observations / descriptions

La mise en place des dispositifs particuliers dans les écoles en Communauté française en faveur de tous les enfants, quelle que soit leur situation légale, a de nombreux impacts positifs ; d’après les observations des professionnels de terrain, une grande majorité des enfants primo-arrivants sont scolarisés, même s’ils sont en situation irrégulière.

Toutefois, la mise en œuvre rencontre de nombreuses difficultés car elle nécessite un investissement important de la part des équipes pédagogiques. Les classes passerelles sont en nombre limité, en particulier à Bruxelles. En outre, la gestion administrative est très lourde pour les chefs d’établissement. Une fois que les enfants ont 18 ans, ils ne bénéficient plus de l’obligation scolaire et ne sont plus protégés par la CIDE.

1.2. Les milieux d’accueil des jeunes enfants et l’accueil durant le temps libre

Concernant deux des fonctions des milieux d’accueil, la fonction économique (permettre aux parents d’avoir une activité rémunérée) et la fonction éducative, la CIDE prévoit deux articles très importants : elle stipule que « les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour assurer aux enfants dont les parents travaillent le droit de bénéficier des services et établissements de garde d’enfants pour lesquels ils remplissent les conditions requises » (article 18 § 3). L’article 31 fait mention du droit qu’a chaque enfant à avoir des loisirs.

Le principe de non-discrimination mentionné dans l’article 2 de la CIDE est confirmé dans le Code de qualité de l’accueil de la Communauté française: « Le milieu d'accueil évite toute forme de comportement discriminatoire basé sur le sexe, la race ou l'origine socioculturelle et socio-économique à l'encontre des enfants, des personnes qui les confient et des accueillant(e)s » (Art. 9). En matière d’accueil extrascolaire, le décret relatif à la coordination de l’accueil pendant le temps libre des enfants[12] prévoit une subvention de différenciation positive pour les enfants selon des critères de revenu des parents alignés sur le revenu minimum garanti. La déclaration des enfants éligibles par le milieu d’accueil se fait sur l’honneur, mais les documents qui seront demandés par l’ONE ne sont pas encore mis au point et pourrait représenter une barrière réelle à la fréquentation de ces milieux d’accueil par les enfants illégaux. En outre, la mise en œuvre du décret n’est pas suffisamment ancienne pour en évaluer l’impact en ce qui concerne les enfants concernés par ce subside particulier.

L’article 24 de la CIDE consacre le droit de jouir du meilleur état de santé, y compris dans ses aspects préventifs, et de bénéficier de services médicaux et de rééducation.

La CIDE affirme la nécessité de protéger l’enfant par rapport aux besoins fondamentaux. Le droit à la survie et au développement se traduit concrètement par une protection et un accueil adéquat.

Les structures d’accueil ont été élaborées par les autorités belges pour assurer des moyens de subsistance suffisants aux demandeurs d’asile qui n’en disposent pas. Cet accueil matériel ne dure que le temps de la phase d’examen de la recevabilité de la demande d’asile. Après, le demandeur d’asile doit chercher un logement en ville et reçoit une aide financière du CPAS dont il dépend.

On distingue l’accueil des demandeurs d’asile à grande échelle et l’accueil à petite échelle.

L’accueil à petite échelle

Les ONG partenaires de Fedasil (Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile) proposent des places d’accueil sous forme de petits appartements, répartis sur l’ensemble du territoire. Les ILAs sont des mini-centres offerts par un certain nombre de CPAS. Le but du système d’accueil pour les candidats-réfugiés politiques est d’assurer un bon accueil matériel dans des centres d’accueil au moins dans une phase de la procédure d’asile.

L’accueil à grande échelle

Il existe en Belgique 17 centres ouverts fédéraux répartis sur l’ensemble du territoire. Ces centres d’accueil sont des centres ouverts, ce qui signifie que les résidents peuvent y entrer et en sortir librement.

Les familles sont logées la plupart du temps dans une chambre séparée, tandis que les isolés occupent un lit dans un dortoir commun. Les résidents doivent participer à l’entretien du bâtiment.

Le service médical veille à la santé physique et mentale des résidents. Il doit assurer la prévention et dispenser les soins/aides aux patients souffrant de difficultés psychologiques.

L’accompagnement socio-administratif est la tâche des assistants sociaux. Ils ont pour mission de fournir aux demandeurs d’asile des explications au sujet des différentes phases de la procédure d’asile ou au sujet des décisions concernant leur procédure.

Les accompagnateurs (ou animateurs) du centre prennent en charge l’inscription scolaire des enfants.

Les adultes ont aussi l’occasion de suivre des formations proposées généralement par des associations ou des bénévoles (cours de langue, informatique, ateliers de couture...).

L’accueil des mineurs non accompagnés

Quelques centres offrent 374 places spécifiques pour les mineurs demandeurs d’asile non accompagnés, au sein d’une unité de vie séparée, travaillant avec des équipes d’assistants sociaux, d’accompagnateurs et d’animateurs spécifiques. Celles-ci assurent un « suivi rapproché des enfants », avec pour finalité de les rendre « aussi autonomes et aussi responsables que possible ».



[12] Décret du 3 juillet 2003.