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En Belgique, une dizaine de milliers d’enfants sont confrontés annuellement à l’incarcération d’un de leurs parents. Dans 80% des cas, il s’agit du père. Cette détention influence le développement psycho-affectif et social de l’enfant. La séparation souvent brutale, le poids du secret, la honte et le sentiment de culpabilité, la dévalorisation sociale, le manque de soutien affectif et d’image parentale ou encore la vulnérabilité économique sont autant d’éléments qui insécurisent l’enfant. Mais comment soutenir cette relation amenée à se dérouler dans des conditions pour le moins difficiles ? L’intérêt de l’enfant nécessite souvent le maintien de sa relation avec son parent incarcéré. C’est dans ce cadre que le Fonds Houtman a financé un programme de douze actions de terrain qui se sont déroulées dans des établissements carcéraux de la Communauté française entre 2003 et 2005.
Ces initiatives ont pris différentes formes : espaces d’accueil pour les familles, aménagement des visites des enfants à la prison de façon ludique et interactive, soutien psychologique et activités créatives autour de la relation parentale, réseau de bénévoles accompagnant les enfants pour les visites, etc. Originalité : ces actions ont réuni des groupes issus d’horizons divers : les équipes d’établissements pénitentiaires, des services d’aide aux détenus, des services d’aide aux justiciables, le secteur associatif et des parents détenus. La plupart poursuivent aujourd’hui leur bonhomme de chemin.
Le Fonds a également soutenu un processus d’analyse collectif associant des chercheurs de l’Université catholique de Louvain (UCL) et de la Fondation Travail-Université (FTU) avec les intervenants des douze actions de terrain afin d’élaborer des cadres d’analyse rigoureux et d’affiner les instruments de travail à destination des professionnels concernés par la problématique des enfants ayant un parent incarcéré. [1]
En partenariat avec le « Relais Enfants-Parents », la Croix-Rouge a mis sur pied un réseau de volontaires accompagnateurs afin de faciliter les visites des enfants auprès de leur parent détenu. Ils accompagnent les enfants dont l’entourage n’est pas en mesure d’assurer l’organisation des visites. Souvent, ces trajets représentent, le temps du parcours, une opportunité pour le navetteur de nouer un dialogue avec l’enfant qui a besoin d’exprimer ses problèmes à l’égard d’un tiers bienveillant et attentif. En 2005, la Croix-Rouge a réalisé 530 accompagnements. Le travail a encore pris de l’ampleur en 2006 toujours avec l’appui du Fonds Houtman. Ces navettes concernent la plupart des prisons situées sur le territoire de la Communauté française. De plus, le réseau de bénévoles et d’intervenants sur lequel s’appuie la Croix-Rouge pour réaliser ce travail s’est étendu et élargi à d’autres services et associations.
A Saint-Gilles, le Service d’Aide Sociale aux Justiciables propose un espace où les familles peuvent passer du temps en attendant l’heure de la visite. A l’intérieur de la prison, les salles d’attente étaient trop petites. Beaucoup de monde attendait devant la prison par tous les temps. En s’installant à 100 m de la prison, le Service a décidé d’aménager un espace proposant un coin lecture, des jeux et des infrastructures pour accueillir les tout-petits. Une permanence est assurée tous les jours de la semaine de 8h30 à 13h. Et le mercredi après-midi, l’espace est réservé aux mamans qui accompagnent leur enfant aux visites spéciales. « La finalité du lieu est l’accueil, explique la coordinatrice du Service. Comme les familles sont en grande majorité précarisées, elles n’ont pas forcément l’envie de pousser la porte d’une structure comme la nôtre. Avec ce lieu d’accueil, nous sommes là pour répondre à leur demande si elles le souhaitent. Nous avons par exemple une grand-mère qui voulait écrire une lettre au juge. Nous l’avons aidée à la rédiger. (...) Petit à petit, les demandes sont devenues plus nombreuses ».
Le « Relais Enfants-Parents » a mis sur pied, dans cinq établissements pénitentiaires [2], des « tri-lieux ». Concrètement, à l’intérieur de la prison, les espaces accueillant les familles des détenus sont divisés en trois parties. A l’aide de blocs de psychomotricité, l’espace moteur permet aux enfants de bouger et de se défouler. Ensuite, l’espace détente donne la possibilité au parent de retrouver l’enfant, lui faire un câlin ou lui raconter une histoire. Enfin, l’espace créatif met à disposition du matériel d’expression (coloriage, peinture) et des jeux de société. Les visites durent une heure trente. Les enfants et leurs parents passent successivement d’un espace à l’autre. L’intérêt de ces tri-lieux, selon la coordinatrice du Relais, c’est de permettre à l’enfant de vivre la rencontre sur plusieurs modes avec des moments bien identifiés. Pour le père, c’est la possibilité de retrouver quelque peu son statut paternel avec ce qu’il peut nécessiter, de sa part, d’autorité et d’apprentissage des limites. Enfin, le tri-lieux peut accueillir, dans chaque espace, des enfants d’âges différents en respectant les besoins de chacun. Quatre des cinq tri-lieux sont encore en activité.
[1] Une synthèse sous la forme de six fiches thématiques est disponible ici
[2] Andenne, Ittre, Mons, Nivelles, Saint-Gilles. Depuis des tri-lieux ont été mis en place à Namur et Lantin.