Lutte contre la pauvreté et approche des publics précarisés


En Wallonie et à Bruxelles, de nombreuses associations vont au-devant des familles qui vivent dans des situations de grande précarité matérielle, sociale et/ou psychologique… Dans le cadre de ses deux appels à projets relatifs à la lutte contre la pauvreté, le Fonds Houtman soutient 15 initiatives dont le but est d’améliorer, en particulier, les conditions de vie des enfants.


I. Le projet « Seconde Peau – Parentalité : Etape et APALEM Unis » (Liège)

Élargir et structurer l’offre de services en soutien à la parentalité à Liège en faveur des populations socialement et psychologiquement vulnérables

Le projet « Seconde Peau » est mené par plusieurs opérateurs liégeois de soutien aux familles : ETAPE (Ensemble Travaillons Autour de la Petite Enfance), APALEM (Aide et Prévention Anténatale Liégeoise de l’Enfance Maltraitée) et IGL (Inter Groupe Liégeois des maisons médicales). Son objectif est d’élargir l’offre de services en soutien à la parentalité au bénéfice des populations précarisées.

Grâce à la mise en commun de l’expertise et des ressources de ces trois institutions locales ancrées dans le secteur hospitalier et dans les milieux de vie extrahospitaliers, les promoteurs de Seconde Peau souhaitent développer à la fois une structure d’intervention intégrée auprès des familles bénéficiaires et une structure de soutien aux intervenants de terrain.

« C’est une démarche proactive autour de la naissance, explique Bruno Fohn, psychologue du Service Universitaire de Gynécologie-Obstétrique du CHR de la Citadelle et membre du comité de pilotage du projet. Elle comprend deux aspects : la pratique de terrain et la mise en réseau. » Le premier aspect, l’accompagnement de vingt-trois familles, est assuré par une psychologue et une psychomotricienne. Le second aspect se traduit par des rencontres de « mise en réseau formative » réunissant les différents intervenants autour d’une situation particulière. « L’idée est de se rendre compte des contraintes et des objectifs de chacun, précise Bruno Fohn. Le but est de modéliser la démarche pour pouvoir la généraliser. »

Ce vaste projet a été soutenu par le Fonds Houtman à hauteur de 80.000 euros dans sa phase de lancement, de juin 2010 à mars 2012. Il se poursuit actuellement grâce à un soutien de 60.000 euros obtenu auprès du Ministère de l’Aide à la Jeunesse. « En tant que projet expérimental, poursuit Bruno Fohn, nous avons aussi pour mission cette année d’établir un guide méthodologique. »





Les associations partenaires du projet

Le projet Seconde Peau est donc porté par trois associations/institutions.

ETAPE et APALEM, qui agissent tous deux hors mandat SAJ ou judiciaire (tout en pouvant faire partie d’un projet mis en place par le SAJ ou le SPJ), ont en commun une démarche de travail au domicile des familles vulnérables pour qui l’accrochage ou le simple fait parfois de se déplacer dans un cadre de consultation ou de prise en charge est compliqué. Parallèlement à cette expérience de terrain convergente, tous deux partagent également le désir de travailler sur la notion de réseau. « Tout le monde sait combien cela peut être difficile de s’y retrouver pour les familles ou les bénéficiaires d’un réseau », constate Bruno Fohn. Différents outils existent déjà, comme les transferts d’informations par exemple, mais ici c’est une autre dimension que visent les promoteurs de Seconde Peau : il s’agit d’apporter un éclairage plus large sur les logiques d’intervention de chacun, sur les contraintes et les limites. « Autrement dit, de toucher à cet aspect de la coordination : comment les intervenants s’articulent entre eux et par rapport aux familles et aux bénéficiaires avec lesquels ils travaillent, résume Bruno Fohn. Tantôt les familles contribuent à ce que ça tourne plutôt bien, tantôt leur dynamique a des résonances, des complications dans les réseaux d’intervenants. »



Le contexte

Seconde Peau se fonde sur des éléments portant tant sur le contexte socio-éducatif que sur l’organisation des soins et des prises en charge des situations de vulnérabilité.

La précarité menace l’exercice de la parentalité

Selon le SPP (service public de programmation) Intégration sociale, Lutte contre la Pauvreté, économie sociale et Politique des Grandes Villes, environ 19 % de la population infantile vit en situation de précarité en Belgique, c’est-à-dire dans une famille dont le revenu est situé sous le seuil de pauvreté défini par l’Union européenne (cf. Annuaire fédéral 2012 sur la pauvreté en Belgique). La pauvreté est sans doute la condition de vie ayant la plus grande influence négative sur le bien-être, le développement et l’avenir des enfants... « En matière de parentalité, ajoute Bruno Fohn, les associations signataires du rapport général sur la pauvreté signalent que les parents vivant dans des situations de précarité sont victimes d’un manque de reconnaissance de leurs droits, de leur rôle de parents ou de leurs compétences parentales. Dans ces conditions, l’accueil et l’éducation du petit enfant relèvent du défi, entre les contraintes de la vie quotidienne et les actions des intervenants sociaux, parfois disparates et contradictoires, perçues comme du contrôle. Ce contexte s’avère dès lors aussi peu propice au développement de l’enfant qu’au développement des parents. »

La transition grossesse/vie du jeune enfant : un moment important

L’arrivée d’un enfant dans une famille est le plus souvent un événement heureux, mais aussi déstabilisant. La grossesse en elle-même, le post-partum, le début de la vie en famille avec l’enfant sont autant de moments où les modifications rapides et profondes de la dynamique familiale peuvent révéler des fragilités et compromettre le développement harmonieux de l’enfant. « Entre difficultés relationnelles et négligence ou maltraitance avérée, l’éventail des réactions est large, explique Bruno Fohn. Il semble exister un continuum entre les familles qui trouvent les ressources en elles-mêmes ou dans leur environnement pour faire face aux événements et aux difficultés de la vie, et celles qui semblent enfermées dans la répétition des problèmes et qui risquent de s’effondrer. Entre ces deux extrêmes, certaines familles voient leur capacité de réaction normale réduite par la naissance d’un enfant, qui lève le voile sur leur fragilité. Par ailleurs, certaines crises passent inaperçues en raison de la nouveauté de la situation qui les déclenche et du manque éventuel de relais sociaux. »

Une offre différenciée de services aux familles en situation de précarité

Dans les situations de vulnérabilité, les modèles familiaux et les références dont disposent les parents s’avèrent fréquemment précaires. « Les familles en situation de précarité, qu’elle soit matérielle, sociale et/ou psychologique, développent vis-à-vis des intervenants sociaux des relations qui peuvent aller de l’accrochage dépendant à un rejet, sous-tendu notamment par la crainte du jugement et du contrôle social », constate Bruno Fohn. Seconde Peau intervient donc au niveau de l’enfant, des parents et de leurs interactions au sein de la dyade parent/enfant. « Pour rencontrer cette double dimension parent/enfant et ainsi permettre aux parents de bénéficier de la porte d’entrée la plus adéquate et acceptable pour eux, notre approche est également double. Soit via l’enfant grâce à des massages ou à des activités psychomotrices le stimulant, à réaliser avec les parents, servant de point de départ au transfert de compétences éducatives, relationnelles et communicationnelles, explique-t-il. Soit via les parents avec une prise en charge des difficultés psychologiques et relationnelles qui ont un impact sur le développement et le bien-être de l’enfant. »

Articulations et désarticulations entre première et deuxième ligne de soins 

Pour les familles précarisées, le relais entre l’hôpital (et plus particulièrement les services de gynécologie-obstétrique et de maternité) et les intervenants présents dans les milieux de vie devrait être le plus performant. Malheureusement, entre première et deuxième ligne de soins, des difficultés de communication, des logiques et une temporalité d’interventions différentes peuvent altérer la prise en charge de ces situations de vulnérabilité psychosociale ou médicale. Les outils formels de coordination peuvent s’avérer peu opérants s’ils ne s’appuient pas sur une connaissance suffisante du travail et des logiques d’intervention des autres intervenants. Ces aspects, qui constituent les processus informels de coordination, sont fondamentaux pour soutenir le transfert et l’application effective sur le terrain des procédures et outils formels. « De plus, ajoute Bruno Fohn, les familles en contact avec de multiples intervenants, professionnels de secteurs différents et aux mandats spécifiques, peuvent être désorientées et saturées par la multiplication des avis. Les difficultés de coordination génèrent parfois une redondance ou une incohérence des services dispensés aux parents ou un manque de réactivité face à l’urgence de certaines situations. »


Trois objectifs principaux

Seconde Peau mise sur la diversité des moyens d’action et sur leur cohérence.

Offrir une plus grande diversité de modalités d’intervention 

Seconde Peau vise à diversifier les points d’entrée d’une intervention avec les familles en vue de favoriser au maximum le développement harmonieux de l’enfant par la prise en charge de la dyade parent/enfant. Les actions couvrent le continuum temporel qui va de la période prénatale à l’entrée de l’enfant en maternelle, vers l’âge de trois ans.

Réduire le hiatus pré- et post-partum

Le projet permet de toucher de manière précoce un grand nombre de familles en situation de vulnérabilité, soit au sein du milieu hospitalier, soit dans le lieu de vie de l’enfant. Bruno Fohn : « Notre démarche s’appuie particulièrement sur ce moment incontournable qu’est l’accouchement et les quelques jours d’hospitalisation qui suivent à la maternité, en vue de renforcer le lien parent/enfant dans les situations de vulnérabilité déjà connues et de favoriser une prise en charge précoce et adaptée pour les situations où la vulnérabilité émerge lors de cette étape de crise qu’est la naissance d’un enfant. »

Développer des interventions cohérentes et coordonnées 

Pour les promoteurs de Seconde Peau, un cadre clair avec les parents et entre les intervenants aide à la constitution d’une enveloppe structurante et bienveillante et permet aux familles de retrouver des repères.


Deux axes de travail

Le travail de terrain

Outre son travail de coordination entre les différents intervenants (voir plus bas) Seconde Peau propose un travail direct à domicile, via des interventions psychologiques et/ou psychomotrices dans les familles vulnérables et précarisées en vue du développement des relations parents-enfant. Ces demandes d’intervention peuvent émaner de services extérieurs : maison maternelle, équipe SOS Enfants, maison médicale, service d’aide précoce... La subvention du Fonds Houtman a permis de mettre en place un mi-temps de psychologue (Valérie Gérouville) et un mi-temps de psychomotricienne (Sandra Fernandez).


L’intervention vise à être précoce, si possible dès la grossesse, en collaboration notamment avec les intervenantes des consultations prénatales. Avant la naissance, le travail porte sur le vécu autour de la grossesse, la préparation de l’arrivée du bébé et les répercussions possibles des problèmes présents au sein de la famille. Après la naissance, le travail porte sur la dynamique familiale et les liens parents/enfants, soit via un suivi psychologique (impliquant la mère, le père et le nourrisson), soit via la psychomotricité relationnelle où l’objectif est d’impliquer progressivement le parent dans l’activité réalisée avec l’enfant (massages, jeux...) pour développer ses capacités d’observation, d’interaction et de réponse aux besoins de son enfant.

La mise en réseau formative

Pour contribuer au développement du réseau des intervenants, Seconde Peau vise à identifier et analyser les logiques de fonctionnement explicites et surtout implicites qui sous-tendent les interventions des différents professionnels. L’objectif est de favoriser de meilleures articulations au sein du réseau d’intervention et de construire autour et avec les bénéficiaires un étayage contenant et sécurisant.

Pour ce faire, des « mises en réseau formatives » ont été organisées autour de situations familiales suivies par les équipes sur le terrain. Ces mises en réseau consistent en une analyse et une réflexion collectives sur les pratiques de chacun des intervenants, dans une même situation clinique. Les parents sont informés de cette démarche, pour laquelle leur accord est demandé, et leur participation est possible s’ils le souhaitent.




Un temps de préparation préalable à chaque de mise en réseau est essentiel. Les acteurs du réseau de ces familles – dont certains se rencontrent pour la première fois – retracent la chronologie de leurs interventions respectives et s’accordent sur les points saillants qui constitueront les axes de la présentation. « La présentation de la situation devant un public de professionnels issus des différents secteurs touchant à la périnatalité et à la petite enfance peut être un moment difficile à vivre pour les intervenants impliqués, puisque la discussion aborde également des aspects difficiles de l’intervention, par exemple la communication avec la famille et/ou avec les autres professionnels », reconnaît Bruno Fohn.


En cours de séance, l’alternance de temps d’arrêt et de périodes de narration permet à la salle de réagir et d’élaborer des propositions relatives à la suite de la prise en charge. « A côté de certaines critiques, des interventions soutenantes et bienveillantes sont aussi exprimées », apprécie le psychologue. Nous menons ensuite une réflexion collective sur l’organisation, la dynamique et les modalités d’intervention du réseau d’intervenants. » Ce métaquestionnement impliquant le public se déroule durant la dernière partie de la séance et cherche à identifier et analyser les dynamiques ayant agi dans la situation (entre la famille et les intervenants, et entre intervenants). Le déroulement même de la mise en réseau ce qui s’est joué entre les professionnels présents. Cela peut servir de révélateur, via le processus de redondance entre la discussion entre professionnels et la dynamique même de la situation, et aider à. Ce déroulement permet aussi de fixer les apprentissages et de synthétiser ce qui s’est construit ensemble.


Un débriefing de la mise en réseau formative est organisé dans les semaines qui suivent entre les intervenants de Seconde Peau et les membres du réseau qui ont présenté la situation.


Trois mises en réseau formatives ont été réalisées durant la période du projet soutenue par le Fonds Houtman ; d’autres ont été organisées ensuite. Les thématiques : grossesse à l’adolescence, intervention en situation de grande précarité psychosociale et à la demande de la famille élargie, grossesse d’une femme seule et sans logement avec une problématique psychologique et suivi après la naissance...

Elles ont à chaque fois rassemblé plus d’une cinquantaine de participants d’horizons différents : équipes SOS Enfants, maisons médicales, SAIE (service d’aide et d’intervention éducative), SIIF (service d’intervention intensive en famille), consultations de nourrissons ONE, etc.


Samira, Kevin et leur fils Bilal

Les mises en réseau formatives s’articulent autour d’une situation concrète. Aujourd’hui, c’est celle de Samira (15 ans), de Kevin (16 ans) et de leur fils Bilal1 qui est présentée. Le jeune couple est informé de cette démarche et a marqué son accord pour que son histoire serve de support à la discussion.

Tour à tour et de manière chronologique, les intervenants retracent leur implication dans le parcours de la jeune fille : en premier lieu le centre de planning familial où la grossesse de Samira est décelée, puis le service des urgences de l’hôpital qu’elle a sollicité pour une confirmation du test, la cellule Maltraitance de l’hôpital (appelée par les urgences, qui hospitalise ensuite la jeune fille dans un contexte de crise familiale possible), puis son éducateur scolaire, les psychologues de la maternité et du service de pédiatrie, la TMS de l’ONE, le SAJ, le centre d’hébergement et enfin la maison maternelle...

L’interaction du public est encouragée. « Nous invitons les participants à se poser ces questions sur base des informations connues à ce moment. Où en est-on dans la situation ? Qu’y a-t-il lieu de faire ? Qu’est-ce qui serait éventuellement à revoir ? », explique Bruno Fohn. Les remarques constructives et non jugeantes sont les bienvenues... le but n’étant évidemment pas d’analyser des situations qui n’ont pas rencontré de problèmes.


Un guide méthodologique

L’expérience de ces mises en réseau formatives a permis de dégager des pistes méthodologiques. Un aspect important à prendre en compte pour une mise en réseau réussie concerne le choix de la situation clinique à étudier : « Cette étape paraît évidente mais elle est essentielle, souligne Bruno Fohn. La situation retenue doit se dérouler sur une période suffisante, de neuf mois à un an et demi, pour que les dynamiques familiales et interventionnelles puissent se déployer, se multiplier et se répéter et pour en permettre l’analyse dynamique. Elle doit en outre inclure des étapes de vie significatives : suivi de la grossesse, naissance... ». La situation doit aussi rassembler un nombre suffisant  d’intervenants : « Entre cinq et douze idéalement. Un nombre plus important nécessiterait de resserrer le temps de parole de chacun ou de regrouper des interventions répondant à la même logique, ce qui risquerait d’entraîner une présentation trop détachée du contexte précis et des interactions ayant été vécues, qui sont une des bases du travail de mise en réseau ». La situation doit aussi être assez récente afin d’être décrite avec précision : « Et suffisamment apaisée pour permettre aux intervenants de se placer à une distance émotionnelle de leurs pratiques et des enjeux d’intervention immédiate dans la situation », ajoute le psychologue. Celle-ci ne doit donc pas ou plus être « en crise ». Enfin, elle doit contenir des ressorts de discussion potentiels (thématique particulière généralisable, diversité de positionnements des intervenants, difficultés de coordination, résonances entre la dynamique de la famille et celle des intervenants) afin d’alimenter le travail de réflexion avec le public. La finalité de ce guide méthodologique ? Devenir un outil pour d’autres régions, d’autres secteurs, d’autres professionnels...


L’objectif premier de cette expérience est de valider la faisabilité et la pertinence d’une telle démarche au sein d’un réseau d’intervenants sur base d’un territoire de référence (ici le rand Liège). Au-delà, ce guide vise à transmettre l’expérience ainsi acquise et à développer ce type de démarche sur d’autres territoires et au sein d’autres réseaux d’intervenants. L’ancrage local semble une caractéristique à préserver pour permettre une action réelle sur les accordages et les interactions au sein du réseau « naturel » des intervenants d’une région.


Pour en savoir plus, consultez le rapport final

Contacts

Le projet « Seconde Peau »

Partenaires


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II. L’extrascolaire sans barrière (Bruxelles)

L’ASBL bruxelloise Badje a entrepris d’améliorer l’accessibilité des milieux d’accueil extrascolaires aux enfants issus de familles en situation de pauvreté.

Depuis 1998, la fédération pluraliste bruxelloise Badje (Bruxelles Accueil et Développement pour la Jeunesse et l’Enfance) se préoccupe du droit de tous les enfants au repos, aux loisirs et à la culture. Parmi ses cinquante-six membres – des associations et des organismes publics locaux proposant aux enfants et aux jeunes un accueil, des animations, des activités ou un soutien scolaire durant l’année scolaire et les périodes de vacances –, beaucoup touchent des publics précarisés.

Depuis 2005, la fédération porte notamment le projet « Bruxelles-Intégration », visant à développer l’intégration des enfants handicapés dans les activités extrascolaires. En 2010, avec le soutien du Fonds Houtman, elle a lancé une nouvelle initiative : « L’extrascolaire sans barrière ».

Séverine Dourson pilote ce projet. « Nous avons constaté que de nombreux enfants issus de milieux vivant la pauvreté et la grande pauvreté restent en marge de l’extrascolaire, explique-t-elle. Leurs familles ne trouvent pas la porte d’entrée aux activités ou n’imaginent pas qu’elles leur soient accessibles. » Bien que sensibles à la question de l’accueil des enfants en situation de pauvreté, les professionnels de l’enfance n’ont pas toujours les outils nécessaires pour aller à la rencontre des plus pauvres, pour rendre leur association plus accessible et les accueillir dans les meilleures conditions. Les barrières que ces familles doivent franchir ne sont pas liées uniquement à l’aspect économique mais également à la qualité de l’information et du contact avec les professionnels, ainsi qu’à des préjugés mutuels. « Il nous paraissait nécessaire d’accompagner ces professionnels afin de permettre aux enfants en situation de pauvreté d’accéder à leur droit légitime au repos, aux loisirs et à la culture », résume Séverine Dourson.

Les objectifs du projet

Badje a lancé avec les professionnels du secteur un travail de conscientisation, de réflexion et d’animation afin de comprendre les facilitateurs et les difficultés des familles vivant la pauvreté pour accéder aux activités. Le but était aussi d’adapter le cadre des activités pour accueillir ces familles et favoriser leur participation. « Nous souhaitions susciter la prise en compte de cette question par les associations elles-mêmes et les accompagner dans la poursuite de leurs objectifs propres », précise la chargée de projet.

Il s’agissait aussi d’établir des ponts entre le secteur de l’accompagnement des personnes vivant la pauvreté et le secteur de l’accueil extrascolaire, et de rendre leurs pratiques transférables. « Nous voulions également que l’implication et l’engagement des partenaires aient des effets sur une accessibilité à long terme », ajoute-t-elle.

Sa première tâche a été la préparation minutieuse du projet. Au cours de la phase de recherche menée de septembre à décembre 2010, elle a recueilli l’expérience et la parole d’enfants, de parents et de professionnels. Elle s’est impliquée dans une bibliothèque de rue d’ATD Quart Monde et a rencontré divers acteurs ayant une expérience pertinente auprès des personnes vivant la pauvreté et la grande pauvreté.

La deuxième phase (de janvier à juillet 2011) a vu la mise en place d’actions concrètes avec les associations. Un dispositif a été créé afin de mobiliser les associations d’accueil extrascolaire, de les aider à définir leurs objectifs spécifiques d’accessibilité et de les accompagner dans la réflexion et l’évolution de leurs pratiques. L’accompagnement proposé par Badje comprenait des rencontres mensuelles formatives animées en collaboration avec le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté et un accompagnement personnalisé des équipes de professionnels.

Enfin, en juillet-août 2011, Séverine Dourson s’est attelée à l’évaluation des dynamiques enclenchées dans les milieux d’accueil ainsi qu’au recueil des actions mises en place et des outils développés au cours du projet.

L’accès au repos, aux loisirs et à la culture

L’accueil extrascolaire joue un rôle important dans le développement de l’enfant car il stimule d’autres compétences que celles éveillées durant le temps scolaire. Outre son rôle éducatif, d’épanouissement personnel et de prévention, l’accueil de l’enfance est un levier pour la lutte contre la pauvreté et une plus grande égalité des chances dès le plus jeune âge.

Selon la Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE, être un enfant de famille pauvre en Belgique, 2007), plus d’un quart de la population bruxelloise est en situation de pauvreté. En Belgique, 17% des enfants de 0 à 15 ans vivent sous le seuil de pauvreté, une proportion en constante augmentation depuis plusieurs années. Or, la pauvreté met en péril chacun des droits de l’enfant énoncés dans la Convention des Nations Unies du 20 novembre 1989. Différents obstacles cumulés (en lien avec l’information, les possibilités financières, l’accès géographique, l’accueil réel et les conditions de vie) compliquent leur accès aux activités extrascolaires et de loisirs.

Ce que précarité veut dire

« à partir de quand une famille est-elle précarisée ? Qui est précarisé dans notre quartier ? Quand on travaille déjà avec un public fragilisé, on se rend compte qu’on passe sans doute à côté de certaines familles précarisées, qui ne trouvent pas la porte d’entrée. Dès lors, est-ce réellement les personnes pauvres qu’on touche ? » Autant de questions que se posaient les associations qui ont répondu à l’appel de « L’extrascolaire sans barrière ».

Christine Mahy, du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), a proposé quelques balises aux participants : « la précarité repose sur une privation et ne peut pas être définie comme une maladie, dit-elle. Elle entrave l’accès direct à des droits fondamentaux tels que le droit au logement, au travail, à une alimentation correcte, etc. Il en résulte une privation de ressources matérielles, mais aussi un manque d’accès aux ressources immatérielles (école, formation,...). L’accès au bien-être est également réduit. A cela s’ajoute le fait que la pauvreté est aussi un état de privation des ressources naturelles, du territoire où je me sens le droit d’exercer une citoyenneté active, d’être là. »

Quelle différence entre « pauvre » et « précarisé » ? « Dans la précarité, la situation de privation n’a pas de solution dans un avenir proche, mais elle peut être temporaire. Dans la pauvreté et la grande pauvreté, la privation tend à se prolonger dans le temps et à devenir persistante, affectant de plus en plus de domaines de l’existence et compromettant les chances de récupérer ses droits. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où il n’y a pas seulement de la précarité, mais vraiment des pauvres, c’est-à-dire des personnes privées à long terme et accablées. Aujourd’hui, on peut tomber très vite dans cette situation, l’effondrement peut être très rapide et atteindre là où on ne l’attend pas, explique Christine Mahy. Il est important de faire la distinction entre la pauvreté comme privation et les difficultés liées à la santé mentale ou les situations qui font qu’on peut avoir recours au SAJ... Tout le monde peut connaître ces difficultés, mais la pauvreté qui persiste dans le temps peut faire qu’au bout du compte, on craque sur certains points et on peut se retrouver dans ces situations. »

Il est aussi important de pouvoir se détacher de toute représentation de la pauvreté liée à l’apparence extérieure. « Certaines personnes, dans la même situation financière, vont ressentir très fortement la pauvreté et d’autres beaucoup moins, poursuit-elle. L’apparence peut faire penser qu’une personne est pauvre : peut-être est-ce le cas, peut-être pas du tout. Une autre personne ne paraîtra pas pauvre et fera tout pour bien présenter, alors qu’elle vit très durement. L’apparence dépend de la force que la personne a, de sa manière de se battre face à la situation de précarité ou de pauvreté. »

Faire sauter les clichés extérieurs permet d’être davantage ouvert à ce que les personnes pourront livrer d’elles-mêmes. Aller vers les personnes pour leur proposer d’avance des réductions ou autre peut les faire fuir. Un a priori indispensable : les familles font du mieux qu’elles peuvent...

Premiers constats

Les multiples contacts préparatoires avec des acteurs travaillant avec les publics pauvres2 ont permis de dégager des constats et d’alimenter un travail d’analyse générale. « Il en ressort que les familles en difficulté peuvent ne pas comprendre directement l’apport d’activités de loisirs, expose Séverine Dourson. Afin d’améliorer leur accessibilité à ces activités, il est donc important de leur permettre de voir le bénéfice que celles-ci peuvent amener par rapport à leur situation dans la société. »

Cette première analyse a permis de dégager plusieurs pistes.

Des outils pour les professionnels

Badje a mis sur pied un dispositif d’accompagnement des professionnels de l’accueil extrascolaire : formations, actions et outils. « Ces professionnels ont des profils très divers. Coordinateurs, éducateurs, directeurs ou animateurs, ils n’ont pas tous le même point de vue et n’apportent pas les mêmes choses dans les rencontres, c’est intéressant », reconnaît Séverine Dourson. Chaque association intéressée a été invitée lors d’une première séance plénière à définir ses objectifs spécifiques d’ouverture ainsi que les indicateurs de sa progression vers davantage d’accessibilité aux familles pauvres. Dix-neuf associations de la Région bruxelloise y ont participé, à des degrés divers. « Nous leur avons aussi proposé de participer à des rencontres mensuelles formatives organisées en collaboration avec le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté sur des thèmes et questionnements récurrents dans les milieux d’accueil », ajoute Séverine Dourson.

Entre ces rencontres, des propositions d’accompagnement personnalisé des équipes de professionnels ont également été faites, telles que l’approfondissement d’un thème abordé en séance commune, une réflexion d’équipe sur un sujet particulier, la présentation d’une boîte à idées pour l’accroche des publics précarisés, la diffusion d’un répertoire d’associations travaillant avec les publics vivant la pauvreté et la grande pauvreté. « Nous avons aussi proposé des séances de sensibilisation à destination des enfants sur le thème de l’exclusion et de la solidarité, ainsi qu’un renfort d’équipe en mettant un animateur à leur disposition pour une activité visant à rendre le milieu d’accueil plus accessible. »

Des rencontres formatives gratuites

Avec le RWLP, Badje a mis sur pied des formations sur différents thèmes. Dix-neuf associations y ont participé la première année, quarante l’année suivante. Les sujets abordés étaient : le lien de confiance, le mode de vie engendré par la pauvreté, l’adaptation du cadre des activités afin d’être plus accessible, la manière d’aborder la question financière et le sens de la gratuité, l’importance du lien avec les parents.

Ces formations ont aussi été l’occasion de travailler les représentations et de les mettre en question. « Cela permet de se défaire de certaines d’entre elles, fait remarquer Séverine Dourson. Par exemple, quand quelqu’un dans la précarité assiste de manière irrégulière aux activités, on peut vite se dire qu’il n’est pas engagé ou que c’est par paresse... En fait, ce n’est pas du tout cela. Il y a tellement d’aspects de la vie qui sont touchés que ces gens ont d’autres priorités. ». Des  « témoins du vécu » (des personnes ayant vécu ou vivant la pauvreté) assistaient avec le RWLP aux rencontres. Leur parole a eu un impact sur les participants.

Beaucoup de professionnels étaient néanmoins intéressés par la question financière. « Mais nous n’avons pas choisi cette porte d’entrée-là, dit Séverine. Il détermine aussi l’accès mais il ne suffit pas. Avant tout, c’est le lien de confiance qui est important. » La question financière sera abordée autrement. Que faire par exemple d’un bonus réalisé sur certaines activités ? Une association a choisi de baisser les prix pour tous ses usagers la saison suivante. « Cela permet de ne pas demander aux familles d’expliquer leur situation pour bénéficier ou non d’une réduction, dit Séverine Dourson. Cela facilite le contact très concrètement. »



Une rencontre formative. © Badje.

Une boîte à idées des moyens d’accroche

« La question de l’accroche du public est apparue comme cruciale dès le début du projet » signale Séverine Dourson. C’est pourquoi nous avons présenté une boîte à idées des moyens d’accroche aux milieux d’accueil. » Celle-ci contient des propositions telles que l’invitation d’un ami à venir découvrir gratuitement l’activité, le parrainage, la mixité du personnel, le fait de téléphoner ou d’aller chercher les enfants chez eux, l’information orale, écrite et visuelle, diverses formes de collaboration avec l’école ou encore des partenariats entre associations. « Une attention particulière a aussi été accordée à l’activité de rue comme moyen d’aller vers des publics pauvres », ajoute Sévérine Dourson qui précise qu’il ne s’agit pas de recettes toutes faites mais de sources d’inspiration pour les associations.

« Par rapport aux enfants, au début, je ne comprenais pas pourquoi je devais donner de l’argent pour faire garder mes enfants alors que je pouvais les garder moi-même. Il faut faire comprendre aux parents qu’en leur permettant de prendre du temps pour eux, après, ils sont aussi plus disponibles pour leurs enfants. Cela prend du temps pour la maman de comprendre que si on s’occupe un peu son enfant, elle va pouvoir faire autre chose. »

Ces outils peuvent être aussi utiles pour permettre à un public déjà présent, mais qui décroche, de trouver sa place. « Des professionnels mettaient déjà spontanément en oeuvre certains de ces outils, mais sans vraiment y avoir réfléchi, constate Séverine Dourson. Reprendre ces points avec eux leur a permis d’en comprendre l’importance, de les évaluer et de les améliorer. Ils ont pu également puiser de nouvelles pistes ».


Un répertoire des associations travaillant avec les publics pauvres

Les travailleurs qui accompagnent les personnes vivant en situation de précarité et les travailleurs du secteur de l’accueil extrascolaire se connaissent peu ; c’est pourquoi un tel guide a été conçu. « Le but de ce répertoire est de faire connaître aux professionnels de l’accueil extrascolaire ce qui existe à Bruxelles en termes d’aide aux personnes pauvres. Cela peut faire germer des idées de partenariats ou d’activités communes. C’est aussi une source de renseignements sur des lieux où diffuser des informations sur leurs propres activités ou vers lesquels orienter les gens en cas de besoin. »

« Je n’avais pas eu de bonnes relations avec les écoles, car sans argent j’étais tout le temps pointée du doigt. C’est difficile, quand on vous dit tout le temps, et partout : "il faut payer, il faut payer"... Le pire que j’ai eu, c’est quand j’ai voulu mettre mes enfants dans une école de devoirs. La directrice m’a répondu : "mais l’école de devoirs, c’est fait pour les gens qui travaillent". Après, il m’a fallu du temps pour reprendre de la force et avoir le courage de dire : "mais non, c’est mon gamin qui a des difficultés et qui en a besoin »


Des séances de sensibilisation à destination des enfants

Badje a également proposé aux milieux d’accueil des séances de sensibilisation des enfants sur le thème de l’exclusion et de la solidarité. « Nous avons choisi d’aborder le thème de l’exclusion et non directement celui de la pauvreté, précise Séverine Dourson, car nous voulions éviter de stigmatiser certains enfants dans les groupes cibles. L’exclusion est un thème qui parle plus directement, chaque enfant pouvant reconnaître, dans des mesures différentes, des vécus d’exclusion. » Au cours de ces animations, les enfants ont eu l’occasion de s’exprimer à partir de mises en situation, de débattre et de trouver ensemble des pistes de solutions solidaires. « Ces activités ont également permis de renforcer la cohésion de groupe et de favoriser des gestes de paix », ajoute-t-elle.




Les enfants illustrent les solutions solidaires qu’ils ont trouvées ensemble, afin que l’histoire racontée se termine bien. © Badje.


Des outils pédagogiques pour des animations

Divers outils pédagogiques pour des animations sur le thème de la pauvreté ou sur des thèmes proches ont également été répertoriés et diffusés auprès des animateurs des associations d’accueil extrascolaire.

« Quand on n’a pas d’argent, on doit demander, mais on ne va pas faire des démarches en plus. On va aller là où on connaît déjà des gens et où on a confiance. »


Des renforts d’équipe

Badje a mis un animateur à disposition des milieux d’accueil extrascolaire qui souhaitaient lancer une activité spécialement destinée aux publics précarisés. « Un animateur peut par exemple venir renforcer une équipe dans la préparation et l’animation d’une activité de rue », explique Séverine Dourson.

« Je me suis retrouvée avec trois enfants et sans travail. Après, j’ai encore eu deux enfants. Je me suis rendu compte que sans structure sociale, il est difficile d’évoluer. J’ai participé aux activités proposées par le Miroir Vagabond avec mes enfants et j’ai vu que les enfants en revenaient épanouis. Mais il a fallu du temps pour que je fasse confiance à l’association. Cela fait peur de confier son enfant à quelqu’un d’autre, à une structure. La confiance est primordiale, mais elle demande du temps. »


Le point de vue des associations

Les structures d’accueil extrascolaire participantes ont rempli un questionnaire afin d’évaluer leur avancement par rapport à leurs objectifs spécifiques définis au départ ainsi que les dynamiques mises en oeuvre pour l’avenir.

Cinq associations avaient pour objectif de se former, s’informer et développer des pistes de réflexion en vue d’un projet à plus long terme. Leur participation a ouvert leur champ de réflexion, en leur permettant de mieux percevoir les difficultés des bénéficiaires et d’explorer des pistes d’actions. Elles ont été motivées à dégager du temps au cours de l’année suivante et à définir ce qu’elles allaient mettre en place. Parmi ces associations, trois acteurs de seconde ligne avaient prévu de travailler l’accessibilité avec des acteurs de première ligne et de fournir des outils aux animateurs. Ces acteurs de seconde ligne ont récolté beaucoup d’informations, d’outils de réflexion, d’idées d’activités et d’adaptations de l’accueil.

« Quand mon enfant a un voyage scolaire qui coûte cher, je dois demander au CPAS. Ce qui est dur, c’est qu’à cause du prix et des démarches, je n’arrive pas non plus à me réjouir avec mon enfant de ce voyage. »

Quatre associations avaient un objectif très précis en termes d’activités. La première a mis en place un partenariat avec un centre voisin de la Croix-Rouge afin de permettre aux enfants de réfugiés hébergés de participer à ses stages et activités. L’accueil de ces enfants a eu lieu au cours de l’été et il a été prévu de poursuivre ce partenariat pendant l’année scolaire 2011-2012. La seconde a lancé des activités afin de se faire connaître du quartier où elle doit emménager. La troisième avait comme objectif de mettre en place un partenariat avec un milieu d’accueil proche de familles précarisées afin d’accueillir leurs enfants. Elle a trouvé un partenaire parmi les participants au projet. « Une véritable dynamique a été lancée dans ces associations, constate Séverine Dourson. Leur participation leur a permis de se mettre en projet, de préciser ou d’adapter leurs objectifs, de dynamiser leurs projets et de commencer à les concrétiser. »

Dix associations avaient comme objectif la réflexion avec d’autres professionnels, une prise du recul et une amélioration générale de leur accessibilité par divers moyens tels que l’adaptation de leur cadre, l’information, la manière de faire du lien avec les parents sans être intrusif, l’augmentation de la cohésion entre les enfants, la question de l’accès financier et des inscriptions...

« On va rarement à une activité parce qu’on a trouvé un papier qui en parle, mais plutôt parce qu’une autre personne nous a dit que c’était bien. »

La plupart ont effectué des petits aménagements afin de mieux accueillir les parents. En effet, des professionnels se sont rendu compte qu’ils travaillent souvent uniquement avec les enfants. Pour atteindre leurs objectifs d’accessibilité, ils ont décidé de prendre plus de temps avec les parents. Ils ont été attentifs à être plus disponibles en début et en fin d’activité et à les inviter à une rencontre ponctuelle. Deux milieux d’accueil se sont préoccupés d’adapter leur information à un public qui ne comprend pas bien le français. Une association a mis en place une collaboration entre enfants d’un même quartier pour qu’ils viennent ensemble aux activités. Trois autres structures ont réfléchi au moyen d’aller à la rencontre des publics présents dans leur quartier.


Quelques exemples

Une association située près de la gare du Nord rencontrait des difficultés pour informer son public. Quelques animateurs se débrouillaient plus ou moins bien dans quelques-unes des nombreuses langues pratiquées dans le quartier mais au fil du temps certains ont quitté l’association. « Nous avons travaillé ensemble sur ce sujet, raconte Séverine Dourson, et l’équipe a trouvé le moyen d’impliquer une maman pour faire le lien avec les autres personnes de sa communauté et pour traduire les informations. »

Ailleurs, c’est la manière de présenter les activités qui a été analysée, la manière d’informer les gens, de s’adresser au public. « Il y a des choses auxquelles les associations n’avaient pas pensé, comme montrer des photos de leurs activités », poursuit Séverine Dourson. Pas seulement pour accrocher les gens au début mais pour aussi continuer à susciter leur intérêt tout au long. « Un parent qui ne comprend pas bien le français, qui ne le parle pas bien, pour qui l’extrascolaire n’est pas quelque chose qui existe dans son pays, qui ne sait pas de quoi il s’agit... aura de la sorte l’occasion de voir ce qu’on y fait. »


Conclusions

Un nombre significatif d’associations ont été profondément sensibilisées à la problématique de la pauvreté et ont acquis des outils afin d’accrocher et d’accueillir au mieux un public vivant la précarité. Elles ont mené – et ont le souhait de poursuivre – des actions concrètes adaptées à ces personnes. Leurs pratiques de terrain se sont enrichies. « La mise en réseau de professionnels de l’accueil extrascolaire et de l’aide aux personnes défavorisées a également suscité des collaborations entre les deux secteurs », insiste Séverine Dourson. Le projet a aussi permis d’élaborer une méthode et des outils reproductibles par d’autres équipes de professionnels. »

Un rapport quantitatif étant délicat à réaliser (il est difficile de demander aux associations de catégoriser les enfants accueillis en plus de leur public habituel), l’évaluation s’est plutôt appuyée sur l’évolution des pratiques des associations.


Le chemin parcouru avec et par les associations

L’accessibilité aux activités extrascolaires reste difficile pour beaucoup d’enfants et de familles. L’intérêt que « L’extrascolaire sans barrière » a rencontré parmi les associations du secteur montre qu’elles sont préoccupées par la situation. Malgré leur manque de moyens, les milieux d’accueil sont partants pour réfléchir et adapter leurs pratiques afin de se rendre plus accessibles. Ces réflexions ont porté sur la reconnaissance du potentiel éducatif des parents, sur les obstacles symboliques et la relation de confiance indispensable à instaurer, sur la manière d’aborder la question financière et d’adapter son cadre, sur l’alliance éducative avec les parents, sur l’importance de l’information...

Le projet a aussi conforté les associations dans tout ce qu’elles font déjà pour accueillir au mieux ce public. D’autres ont revu ou réadapté leurs objectifs en cours de route, suivant les découvertes qu’elles ont faites.


Des freins identifiés

Parmi les milieux d’accueil entrés dans le processus, beaucoup se sont penchés sur l’accroche de publics déjà présents dans leurs associations mais qui décrochent et ne trouvent pas leur place. D’autres sont allés à la rencontre d’un nouveau public, ou en ont le projet. « Il était important de travailler au niveau du public déjà présent mais qui ne reste pas ou qui éprouve des difficultés, mais nous gardons la perspective d’atteindre aussi les enfants de familles qui vivent la grande pauvreté, ces publics ayant été peu touchés directement cette année », dit Séverine Dourson. Aller vers eux demande aussi du temps, et certains changements en lien avec la question du confort du professionnel peuvent rencontrer des résistances. « La mise en place d’une activité ponctuelle ou régulière de rue comme un moyen de se rendre disponible à de nouveaux publics doit par exemple être adaptée à la réalité de l’association et être adoptée par l’équipe », reconnaît Séverine Dourson.

Enfin, beaucoup de milieux d’accueil n’ont pas pu entrer dans le dispositif faute de temps mais se sont dits intéressés pour les années à venir. D’autres encore ont dû suspendre leur participation en cours de route en raison d’un agenda trop chargé. « Il reste aussi beaucoup d’associations d’accueil extrascolaire qui n’ont pas du tout été touchées cette année par notre projet et vis-à-vis desquelles il est important de continuer notre travail de promotion et de sensibilisation afin d’entraîner toujours plus de professionnels de ce secteur », conclut la chargée de projet.


La poursuite de l’accompagnement

Le processus de mise en projet d’une équipe ainsi que les outils comme la boîte à idées des moyens d’accroche ou le répertoire sont utilisables pour d’autres initiatives. Les témoignages des personnes vivant ou ayant vécu la pauvreté sont aussi de véritables instruments de sensibilisation et de réflexion pour les professionnels. « Mais le processus d’accompagnement des milieux d’accueil extrascolaire doit encore se poursuivre », estime Séverine Dourson. D’une part parce qu’il est évident que du temps est nécessaire à l’accroche et à l’établissement du lien de confiance avec les publics vivant la pauvreté. D’autre part parce que le timing du projet n’a pas permis aux milieux d’accueil participants de réaliser concrètement tous leurs objectifs. » Changer les pratiques et adapter son organisation interne pour être plus accessible demande en effet du temps, surtout si l’on veut ces changements durables.

Grâce au soutien du Fonds Houtman, l’année 2010-2011 a permis à Badje et aux associations qui ont participé au projet d’éclairer les lignes de fond importantes pour dynamiser la réflexion des professionnels de l’accueil extrascolaire sur la question de l’accès aux publics précarisés et pauvres. Le projet a pu se poursuivre une année supplémentaire, jusqu’à la fin août 2012, grâce à la Fondation Roi Baudouin, à la Loterie Nationale et au ministre de l’Enfance. L’avenir passera nécessairement par une nouvelle recherche de subsides... L’une des pistes explorées est la reconnaissance par l’ONE des formations proposées, mais Séverine Dourson planche également sur une réflexion plus locale. « La précarité est multidimensionnelle et transversale. C’est un travail qui doit se faire avec d’autres acteurs que nous, l’extrascolaireCette année, notre projet était d’entrer dans les différentes coordinations sociales mais ce n’est pas possible en un an, d’autant que la réalité est très différente et très complexe d’une commune à l’autre. Il faut trouver la bonne place pour le débat. » L’implantation communale du projet devrait se poursuivre en 2012-2013, le manque de connaissance mutuelle entre les différents acteurs sociaux présents sur un même territoire se faisant cruellement ressentir. « Nous voudrions implanter le travail de réflexion, de sensibilisation, d’échange de pratiques au coeur des structures de concertations communales existantes, une sorte de mise en réseau des associations et services travaillant dans le domaine de l’accueil extrascolaire et ceux qui sont spécialisés dans le travail avec des publics précarisés. »

Un dernier nouveau chantier concerne le volet politique de « L’extrascolaire sans barrière ». En effet, au fil des rencontres, les associations ont relevé de nombreuses revendications pour le secteur, qu’il reste à mettre en forme et à relayer...


Pour en savoir plus, consultez le rapport final


Contact 


ASBL BADJE : Rue de Bosnie 22 – 1060 Bruxelles. Tél. 02/248.17.29. Courriel : severine.dourson@badje.be. Site : www.badje.be.



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III. Les Ani-mots (Charleroi)

Écrire, dessiner et raconter pour agir sur les facteurs de paupérisation dans l’enfance



Le Foyer Familial, dans le centre de Charleroi, accueille des femmes en grande précarité ainsi que leurs enfants. Une équipe pluridisciplinaire les accompagne durant leur hébergement. Animation, travail éducatif, accompagnement social et psychologique leur sont proposés. C’est un endroit où chacun peut déposer ses souffrances, se reconstruire, se ressourcer, prendre le temps de reprendre confiance en soi.

« Ces familles vivent des situations très lourdes, explique Anne Gasia, éducatrice : une grande précarité de leur sécurité physique, parfois à cause de violences conjugales, une grande précarité matérielle qui entraîne la perte du logement et des difficultés à assumer les besoins primaires, une grande précarité psychologique qui se traduit entre autres par une faible estime de soi, des difficultés de contrôle des émotions, une pauvreté des ressources cognitives... »

Les enfants : des victimes et non des spectateurs

Si les missions du Foyer Familial se sont longtemps articulées principalement autour des femmes, l’enfant que l’on voyait auparavant comme « accompagnant » sa maman, occupe aujourd’hui une place à part entière : il est considéré comme une victime de la précarité familiale et non comme un simple spectateur. Une attention spécifique lui est aussi apportée. « Notre travail va de l’observation de l’enfant et de la relation mère-enfant à l’apport d’une aide adaptée, explique Anne Gasia. Nous diagnostiquons aussi des situations à risque qui demandent un accompagnement spécialisé au sein de la maison ou une orientation vers des services extérieurs. »

C’est dans le cadre de cet accompagnement spécifique que plusieurs constats ont été faits :

L’idée de construire avec chaque enfant quelque chose de positif, malgré ou à partir de la souffrance vécue, s’est imposée à l’équipe du Foyer Familial. Elle a réfléchi à un outil adapté qui contournerait les difficultés et qui tenterait de promouvoir les facteurs de protection. Ainsi a débuté le projet « Ani-mots » en 2010. L’intervention du Fonds Houtman a permis de le formaliser.

Pour en savoir plus, consultez le rapport final


Une aide 24h/24

Le Foyer familial apporte une réponse dans l'urgence à toute femme en difficulté.


Résilience et bientraitance

Deux concepts guident l’accompagnement de ces enfants en situation de précarité : la résilience et la bientraitance. Les enfants qui arrivent au Foyer Familial se trouvent dans des situations de discrimination ou de stigmatisation. Leurs besoins fondamentaux physiologiques de stabilité, de continuité des soins, de reconnaissance et d’appartenance sociale, de communication et d’expression, de lien social, d’estime, de respect, de valorisation et d’autoréalisation ne sont pas satisfaits. Le sentiment de culpabilité n’est pas rare. « Ces difficultés se manifestent de différentes façons : comportements agressifs, destructions de biens, dépression, problèmes affectifs, faible estime de soi et symptômes somatiques, constate Marie Kegels, psychologue. La sphère scolaire est touchée et leur capacité de concentration affaiblie. Parfois ces enfants sont étiquetés hyperactifs sans qu’ils aient pu s’exprimer sur une situation familiale intenable. » Ils présentent en outre souvent un syndrome de stress post-traumatique : anxiété, irritabilité, explosions de colère imprévisibles, rappel d’images de la violence,...

Les objectifs

L’objectif d’Ani-mots est avant tout de favoriser chez les enfants les facteurs de résilience. « Concrètement, explique Marie Kegels, il s’agit de leur permettre d’exprimer leur vécu, de reconnaître et d’exprimer leurs émotions, d’expliquer leur histoire dans un lieu sécurisant, d’expliquer et de partager leurs stratégies face aux violences quotidiennes. » Par l’échange avec les autres, les enfants seront amenés à découvrir d’autres possibles, à enrichir leurs stratégies de gestion de conflit et de gestion de la violence, à apercevoir d’autres solutions à leurs problèmes, à imaginer ensemble des scénarios de protections multiples.

Ani-mots concerne aussi les mamans. Il a pour objectif de leur permettre de découvrir et d’entendre le point de vue de leur enfant à propos de leurs difficultés de vie et des rôles parentaux, de trouver un lieu qui favorise l’échange entre elles et leurs enfants. « Nous leur proposons un média pour amorcer le dialogue avec leur enfant en dehors des cadres institutionnels », résume Anne Gasia.

Ce projet devrait permettre également à d’autres professionnels de l’enfance de disposer d’un nouvel outil pour travailler l’expression et la reconnaissance des émotions, et pour ouvrir le dialogue autour des problématiques abordées dans le livre. « Notre outil ouvre d’autres portes aux enfants pour rompre le cercle vicieux de la précarité », estime Marie Kegels.


Des histoires dont les enfants sont les auteurs

L’équipe propose aux enfants de plus de six ans un début d’histoire et des personnages puis ils construisent ensemble plusieurs récits, à priori imaginaires, mais surtout bien ancrés dans leur réel. « Les enfants expliquent les problèmes rencontrés par les héros et les émotions qui les habitent. Ils complètent l’histoire, cherchent une fin ou des solutions aux problèmes des héros », développe Anne Gasia. Puis, tout en illustrant ces textes, ils discutent entre eux. » La plupart du temps, pas de happy ending, mais des idées pour mieux fonctionner dans le monde qu’ils connaissent... « C’est à cette étape que s’élaborent les scénarios de protection », souligne-t-elle.

Chaque histoire fait ensuite l’objet d’un travail de réécriture. « Nous respectons la parole des enfants mais nous donnons aux textes une forme adéquate pour qu’ils soient utilisables par d’autres enfants et dans d’autres contextes que celui du Foyer », poursuit l’éducatrice. Textes et images sont ensuite mis en page et imprimés. « Grâce à l’intervention du Fonds Houtman, cette tâche a pu être confiée à une graphiste professionnelle afin d’obtenir un bel objet dont les enfants peuvent être fiers », ajoute Marie Kegels.

Lors de séances d’animation rassemblant les familles, les animatrices lisent une de ces histoires à voix haute. Chacun écoute, réagit, surtout non verbalement. A la fin, elles entament l’échange : Que pensent les mamans de cette histoire ? Comment les enfants se retrouvent-ils dans l’histoire ? Chacun est invité à faire le lien avec sa propre histoire. « Nous essayons aussi de faire en sorte que les mamans reconnaissent la qualité du travail de leurs enfants, qu’elles soient fières de ce qu’ils ont produit et qu’elles reconnaissent la place de ceux-ci dans leurs difficultés familiales », dit Marie Kegels.



Quatre histoires, quatre types de personnages

Le livre « Les Ani-mots – Histoires à lire et à partager » aborde quatre grands thèmes : la gestion de la colère, l’école et ses règles, la perte du logement, les violences conjugales. L’équipe a déterminé les personnages de chaque récit, des animaux retenus en fonction de certaines de leurs caractéristiques.

- Les animaux de la forêt et la gestion de la colère : le loup, l’ours, l’écureuil, la biche et la chouette. « L’objectif est ici de proposer des animaux aux caractéristiques physiques très différentes pour amener les enfants à décrire une variété de réactions », dit Anne Gasia.

- Les animaux de la basse-cour et le thème de l’école : les canards, les poussins, les poules... Ils ont été sélectionnés pour leur caractéristique grégaire. « Ce sont des animaux qui vivent ensemble, dans un territoire commun et qui ont beaucoup de points communs malgré leurs différences », explique Anne Gasia.

- Les chats et le logement. « Nous avons choisi cet animal domestique à la fois pour la douceur qu’il inspire et pour son côté indépendant et rusé. », explique Marie Kegels.

- Le monde marin et les violences conjugales. « Les poissons ont été sélectionnés parce qu’ils vivent dans un milieu fondamentalement différent du nôtre, dit Anne Gasia. De plus, ils sont discrets. Ce monde n’est pas facilement accessible, il est protégé des regards. »


Des résultats

Les enfants ont vite associé ces animations à des temps de parole leur permettant de mettre en mots leur vécu. « Ces animations ont même débouché sur une prise en charge différente, car des situations dangereuses ont été mises au jour », confie Anne Gasia. Sur base de leurs observations, les membres de l’équipe considèrent qu’elles ont permis à ces enfants d’évoluer, notamment dans la capacité d’exprimer sans jugement et sans danger leur affection pour leurs deux parents. Le processus a renforcé leur estime de soi, les a sortis du secret en toute sécurité. Ils ont appris à exprimer des émotions de façon plus adaptée, et ont retrouvé une place d’enfant. « Ils ont aussi vu reconnaître la difficulté de leur situation, ajoute Marie Kegels. Leur sentiment de culpabilité a diminué alors que leur sentiment de contrôle a augmenté. Ils ont pris conscience de l’existence de personnes ressources et découvert des modèles d’adultes fiables. »

L’impact du projet sur les mères est plus mitigé. « Après l’animation, le déni semblait encore très présent, déplore l’équipe. Cependant, le secret a été brisé. Les mamans savent que leurs enfants ont des choses à dire concernant l’histoire familiale, elles ne peuvent plus faire comme si leurs enfants ne savaient rien. »

Au Foyer Familial, le livre est désormais utilisé lorsqu’un nouvel enfant arrive dans le groupe des grands. Les travailleurs utilisent les histoires en fonction de la problématique dominante de sa famille. Le livre sert de support à la relation entre l’équipe et l’enfant, entre l’équipe et la mère. De nombreux autres services se sont montrés intéressés par cet outil, un outil à ne pas mettre cependant entre toutes les mains. « Le contenu des histoires ne peut pas être traité par un enfant seul, précise Marie Kegels. Nous avons donc décidé de ne le proposer qu’aux professionnels et d’y adjoindre un dossier pédagogique. Une petite formation est aussi proposée afin de partager notre expérience. »

Contacts


ASBL Le Foyer Familial : Rue de Montignies 26 – 6000 Charleroi. Tél. 071/32.48.98. Courriel : foyerfamilial@scarlet.be. Site : www.foyerfamilial.be. Références du livre : « Les Ani-mots – Histoires à lire et à partager », par Anne Gasia, Marie Kegels, Gwennaëlle Colaianni et Lavinie Lovo.



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IV. Les Carabistouilles de Batifoline (Ciney)


Les « Carabistouilles de Batifoline » est un projet de l’AMO Le Cercle, à Ciney. Son objectif est de créer un espace de littérature pour les enfants de 5 à 8 ans, principalement issus d’un milieu socialement défavorisé.



En classe ou lors d’activités extrascolaires le mercredi après-midi, les Carabistouilles permettent à ces enfants de participer à une activité culturelle, d’apprendre à collaborer avec l’autre, d’évoluer dans le respect de l’autre, de reconnaître leurs compétences respectives et d’apprendre des règles de vie en groupe. Ces séances ont aussi pour but de leur faire tout simplement découvrir le livre (synonyme, pour certains, d’échec et d’exclusion) et de leur rendre accessibles des lieux culturels tels que la bibliothèque ou le théâtre.

Les séances abordent différents thèmes en lien avec les préoccupations des enfants : l’estime de soi, les différences, les émotions, l’entraide et la solidarité ou encore la citoyenneté. Hélène Godart, assistante sociale, et Christophe Di Stefano, éducateur, sont les responsables du projet. « Le thème choisi aide les enfants à reconnaître et à exprimer leurs soucis, expliquent-ils, tandis que le livre favorise la relation de partage, de communication et de plaisir. »

Grâce au Fonds Houtman, l’AMO Le Cercle a pu renouveler sa bibliothèque en achetant de nouveaux livres, ce qui a permis aux enfants de découvrir de nouvelles histoires et d’amener d’autres discussions.



© AMO Le Cercle

Des activités en classe ou après la classe

Le projet se compose de deux volets : le premier en lien avec l’école, le second en lien avec les loisirs/l’extrascolaire.

L’animation extrascolaire

Ces activités ont lieu le mercredi après-midi et accueillent gratuitement une dizaine d’enfants, dont certains sont issus du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Natoye ou dont les familles sont aidées par les CPAS de la région. « Nous leur proposons des activités culturelles, des activités d’expression artistiques et des animations autour du livre », dit Hélène Godart. Des sorties sont aussi organisées durant l’année : spectacle de marionnettes, parc d’attractions...





© AMO Le Cercle

L’équipe de Carabistouilles rencontre les parents deux fois par an, en milieu et en fin d’année scolaire. « Notre but est d’échanger nos impressions, notre ressenti sur la place que prend l’enfant dans l’atelier, de partager avec ses parents ce que nous avons observé et de réfléchir ensemble aux perspectives d’avenir », explique Christophe Di Stefano.

L’animation en classe

Ce volet est proposé directement aux directions d’écoles et aux instituteurs. Le groupe-classe peut découvrir une dynamique relationnelle développant la solidarité, la coopération et l’entraide. « Le livre y est abordé dans un nouveau contexte, hors de l’effort, de la difficulté et de la contrainte », dit Hélène Godart.

Le thème, choisi en concertation avec l’enseignant en fonction de ses élèves, est abordé par étapes au cours de trois visites échelonnées sur l’année scolaire. Une classe de l'école d'Emptinne, une autre de l'école de Mohiville et deux de l'école de Leignon ont participé au projet, soit 84 élèves.

Des réunions régulières sont organisées avec les enseignants afin d’évaluer l’animation, d’échanger sur la manière dont ils ont exploité le thème en amont et en aval, de recueillir le feed-back des enfants et de réfléchir à de nouveaux thèmes à aborder. « C’est aussi l’occasion pour les enseignants de réfléchir à la dynamique de groupe de leur classe et de chercher des pistes pour favoriser une gestion démocratique et citoyenne », ajoute Hélène Godart. Des concertations ont également lieu entre l’école et l’AMO à propos d’enfants pour qui un prolongement de l’activité le mercredi serait à envisager. « Un contact privilégié s’établit alors avec les familles via l’école », apprécie Christophe Di Stefano.

L’apprentissage de la vie en groupe

Tout au long de l’année 2010-2011, l’équipe a proposé aux enfants des activités extrascolaires favorisant l’entraide et la solidarité, comme les jeux coopératifs qui mettent davantage l'accent sur le plaisir et le partage que sur la compétition. « Chaque joueur est responsable de la sécurité et du bien-être des autres, dit Hélène Godart. Comme il n'y a ni gagnant ni perdant, chaque participant peut respecter son rythme et ses limites. » L’équipe a aussi mis sur pied une activité de cuisine. « Une multitude d’apprentissages découlent de cette activité : se répartir les tâches, lire la recette, se laver les mains, mesurer, découvrir de nouveaux aliments, manger un plat ou un dessert réalisé ensemble... », explique Christophe Di Stefano.

Les enfants participent également à des bricolages collectifs comme la construction d’un livre fou ou d’une fresque collective pour décorer le local. « Ces bricolages tout comme l’atelier de cuisine renforcent la cohésion du groupe et permettent de reconnaître les compétences de chacun », poursuit-il.



© AMO Le Cercle


En début d’année, une charte de vie en communauté est établie, elle est rédigée et illustrée par les enfants qui y apposent leur nom en guise d’acceptation. « Nous insistons fortement sur les règles à respecter pour une vie en groupe harmonieuse et nous revenons à cette charte lorsqu’un débordement survient », ajoute Christophe Di Stefano.

Un processus à l’oeuvre

En l’abordant hors du cadre purement scolaire, l’animation du mercredi redonne au livre sa valeur ludique. « Les participants découvrent que se plonger dans un livre n’est pas forcément un effort solitaire mais que cela peut être un moment de plaisir, de partage et de dialogue où adultes et enfants sont égaux devant l’imaginaire », souligne Hélène Godart.

A la fin de chaque histoire, un échange est instauré, une petite discussion sur ce que les enfants ont retenu, sur ce qu’ils pensent, sur leur vécu en rapport avec le récit. « Le livre est un excellent outil pour que les enfants se sentent à l’aise et puissent exprimer leur ressenti, leur vécu par rapport à l’histoire lue, observe pour sa part Christophe Di Stefano. Ils parlent plus facilement car ils font des liens entre leur vie et celle des personnages. » La discussion permet aussi aux enfants de se découvrir autrement, le groupe en ressort plus soudé et plus respectueux de ceux qui manifestent des difficultés.

Perspectives

Le local a été réaménagé, l’équipe reçoit un public régulier le mercredi après-midi et sa collaboration avec le centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Natoye se poursuit. L’équipe souhaite lancer prochainement un nouveau projet élargi aux 9-12 ans sur le thème des droits de l’enfant.



Liens

Pour en savoir plus, consultez le rapport final

Contacts 

Christophe Di Stefano, Educateur, et Hélène Godart, Assistante sociale : AMO Le Cercle – Rue du Midi 12A – 5590 Ciney. Tél. 083/21.57.29. Courriel : amolecercle@gmail.com. Site : www.amolecercle.be.


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V. Les onze autres projets soutenus

Onze autres projets sont soutenus par le Fonds Houtman dans le cadre des deux appels à projets relatifs à la lutte contre la pauvreté en 2009 et 2010.

  1. Asbl Le Méridien, Bruxelles 

« Les vécus et l’expérience des adolescents migrants ou issus de l’immigration, qui évoluent dans des environnements marqués par la précarisation. La parole est donnée aux jeunes. » Le projet porte sur les effets de l’expérience de l’exil sur le développement psycho-social des adolescents issus de l’immigration. Il s’agit de créer un espace d’exploration collective et de transmission des expériences entre adolescents et adultes sur l’exil. Des interventions régulières dans les « écoles à risque », dans une perspective anthropologique et de santé mentale, pourraient améliorer ainsi les conditions d’insertion scolaire et sociale des jeunes issus de l’immigration. Ce projet est en cours et se termine en décembre 2012.

  1. Coordination des haltes d’accueil de la Communauté française, Namur 

« Diversité d’accueils pour une diversité de Pauvretés : le secteur des haltes accueil de la Communauté française ». L’objectif du projet est d’enrichir les connaissances concernant les pauvretés vécues par les enfants et leur famille ainsi que les pratiques professionnelles développées par les haltes accueil pour y répondre. Il s’agit également de créer et de développer ensemble, dans une dynamique participative, des pratiques novatrices révélatrices et porteuses de « richesse(s) ». Ce projet est en cours et se termine en décembre 2012.

  1. Centre d'éducation familiale Le Galion, Maison d'accueil du CPAS, Péruwelz 

« Prévention de la rupture scolaire chez l'enfant sans-abri » Le projet a pour objectifs de mettre en place un soutien scolaire adapté pendant l’ensemble du séjour de l’enfant et de sa famille en centre d’accueil et de formaliser, pour une période de deux ans, le suivi scolaire de chaque enfant concerné par le dispositif de recherche-action. Ce projet est en cours et se termine en juin 2013.

  1. Asbl RIEPP – Réseau des initiatives enfants-parents-professionnels, Louvain-la-Neuve

« Ensemble vers l'inclusion : la coéducation, vecteur d'inclusion sociale » L’objectif est de rassembler professionnels et parents pour déboucher sur la coconstruction et la publication d’un guide de repères et de pratiques partagées visant à soutenir les professionnels des services à l’enfance soucieux de développer ou de renforcer l’alliance éducative avec toutes les familles, et en particulier avec les familles précarisées. Une des particularités du projet est son approche intégrée : il vise les services destinés aux enfants de 0 à 6 ans dans le souci de tisser des liens et de favoriser la continuité entre services petite enfance, école et services d’accueil durant le temps libre. Ce projet est en cours et se termine en décembre 2013.

  1. CAAJ – Conseil d'Arrondissement de l'Aide à la Jeunesse, Huy

« CLES : Coordination Locale pour une école Solidaire » Le projet propose de dresser l’inventaire de la multitude d’aides auxquelles les familles en situation de pauvreté peuvent faire appel pour faire face aux frais induits par la scolarité de leurs enfants. Il a pour but aussi d’identifier – en association étroite avec des représentants du public cible – les difficultés que pose leur activation ; de développer des dispositifs institutionnels innovants réduisant ces difficultés et renforçant au maximum l’automatisation des droits en la matière ; de tester ces dispositifs sur des terrains institutionnels concrets (école et diverses institutions de l’Aide à la Jeunesse et de l’aide sociale qui gravitent autour) ; de pérenniser et de diffuser les dispositifs les plus pertinents à l’échelle de l’arrondissement ; de communiquer plus largement sur ces bonnes pratiques en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce projet est en cours et se termine en mai 2013.

  1. Asbl Article 27, Bruxelles

« La culture, j'y prends pART » Les objectifs du projet sont de favoriser l’accès à la culture pour tous en ce compris l’accès à la diffusion et à la création artistique ; de renforcer le lien parent/enfant à travers la participation culturelle ; de multiplier les occasions pour les enfants et leurs parents de se voir dans un cadre convivial ; de sortir les familles de l’isolement par l’organisation d’activités culturelles collectives ; de permettre aux familles de partager une expérience valorisante pour chacun ; d’inviter les participants à choisir leur participation culturelle en toute connaissance ; de donner des moyens humains, matériels et de soutenir les associations désireuses d’ancrer ou de développer une dimension culturelle dans leur travail social. Ce projet s’est terminé en juin 2012.

  1. Asbl Samusocial, Bruxelles

« Permanence du soutien scolaire et activités pédagogiques pour les enfants des familles accueillies au Samusocial de Bruxelles » Le projet a pour objectif de développer un service de permanence de soutien scolaire (remobilisation, aide aux devoirs, accompagnement) au sein de la structure d’hébergement ainsi qu’un panel d’activités pédagogiques, culturelles et/ou ludiques. Ce projet est en cours et se termine en avril 2013.

  1. Asbl Lutte contre l'exclusion sociale et Service communal de médiation locale, Molenbeek 

« Séparation, divorce et coparentalité : les nouveaux rôles parentaux dans le contexte de familles d'origine maghrébine » Le projet consiste en la mise en place d’un groupe de parole axé sur la problématique de la séparation dans les couples avec enfants. Il s’intéresse plus particulièrement à l’analyse des processus familiaux qui affectent des mamans d’origine maghrébine, vivant dans les quartiers populaires de Molenbeek-Saint-Jean composés d’une population essentiellement issue de l’immigration. Les objectifs principaux sont l’exploration des processus de transformation des rôles parentaux et des identités de genre à l'oeuvre au sein de ces familles marquées par une séparation ou un divorce et les effets directs et indirects de ces changements sur les enfants, ainsi que la construction d’un savoir collectif susceptible de constituer une ressource à la fois pour les familles et pour les intervenants. Ce projet est en cours et se termine en juin 2013.

  1. Asbl Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion, Liège 

« Violences conjugales et parentalité ». Au travers d’un partenariat entre une maison d’accueil spécialisée et un service d’aide sociale aux justiciables, l’objectif est d’examiner en quels termes et dans quelle mesure la violence conjugale affecte la parentalité et les liens intrafamiliaux. La question complexe de l’évaluation des capacités des parents à répondre aux besoins de leurs enfants et à les protéger sera abordée dans une double perspective. Pour éclairer les professionnels sur certains écueils à éviter dans leurs interventions, la recherche-action dégage des lignes directrices pour une meilleure prise en charge des enfants, du parent-victime et du parent-auteur, afin d’intégrer aux deux associations de nouvelles offres de service de soutien à la parentalité en contexte de violences conjugales. Ce projet est en cours et se termine en août 2013.

  1. AMO Samarcande, Bruxelles

« Précarité et placement en IPPJ : des paroles et expériences de vie des jeunes aux représentations sociales des éducateurs » L’AMO Samarcande récolte depuis trois ans l’opinion de jeunes en IPPJ au travers de son projet Carnet de Route. A partir de l’analyse scientifique de près de 200 heures d’enregistrement de témoignages, l’objectif est de travailler et d’approfondir les connaissances émergentes avec les intervenants sociaux en contact direct avec ces jeunes. Ces rencontres ont pour but d’affiner la compréhension des jeunes placés en institution publique par une coproduction de connaissances et de travailler avec les acteurs de terrain sur leurs représentations de ces jeunes. Une production écrite de ce partage, reflétant les paroles des jeunes et intégrant les réflexions des intervenants sociaux, sera réalisée. Elle sera aussi la base d’un module de formation proposé à un public ciblé d’acteurs de terrain susceptibles de travailler au quotidien auprès des jeunes « délinquants ». Ce projet est en cours et se termine en décembre 2012.

  1. SASPE Reine Astrid, La Hulpe

« Parents malgré tout » Le projet se situe au carrefour de deux champs d’expertise : celui de la santé mentale et celui du soutien à la parentalité. Il s’agit de penser et d’étudier le dispositif thérapeutique et le cadre spatio-temporel le plus approprié afin d’articuler ces deux champs. Pour cela, la recherche-action se construit autour de trois objectifs complémentaires : la création d’un espace et d’un outil de travail thérapeutique avec les parents des enfants hébergés (à partir des théories de l’attachement) ; la conduite de cothérapies parent/enfant (à partir des visites accompagnées ou médiatisées à l’espace-familles) et la mise au point d’un protocole de collaboration entre un SASPE, les services de santé mentale et la formation de l’équipe « espace-familles » en place. Les enfants sont visés à la fois par des actions directes (cothérapies) et indirectes menées au bénéfice de leurs parents (thérapies individuelles, protocole de collaboration santé mentale-SASPE). Ce projet est en cours et se termine en décembre 2013.



1 Les prénoms ont été changés.

2 Samu social, le Home Victor Dupré, Dynamo, les Restos du Coeur, le Forum Bruxellois de Lutte contre la Pauvreté, les médiateurs Roms, Diogènes, la Ruelle, les Amis d’Aladdin, Liens de Quartier Petite Enfance, le Cemôme, le Centre Hispano-Belga, les Scouts, le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, le groupe de travail Jeunesse de la Coordination de l’Action sociale de Saint-Gilles.